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 (st)even + ready to grow young again

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Even Stilinski
Date d'inscription : 07/09/2017
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heresy./lydie g les coudes rugueux et mes chaussettes sont noires comme mon âme stare  stare  stare

Even Stilinskifc : jeon jungkook (bts) ; ©️️️ queenshady/gekyume. ; ALTEA ; double
100%ARTISTE
100%INCONSCIENT
100%PASSIONNÉ
100%DRAMATIQUE
100%LOYAL
100%IMPATIENT
100%ATTACHANT
100%ANXIEUX
   
Nom complet Steven est son prénom d'usage, constamment troqué contre le diminutif Even. le second, plus utilisé par sa famille porte les consonances d'origines oubliées : Jiélùn. Plus significatif que le premier, il équivaut à la conclusion, l'achèvement. Il a revendiqué le patronyme maternel, Li, après la séparation de ses parents, mais les papiers indiquent néanmoins Stilinski, à l'instar d'un père dont il n'est jamais parvenu à se sentir proche. Surnoms (Even). Naissance 25 07 4012, minois en double exemple, morgan et steven, steven et morgan, à batailler depuis toujours pour un droit d'aînesse que leur mère attribue tantôt à l'un tantôt à l'autre au gré de ses petits chantages affectifs machiavéliques, pour mieux les faire rager. majorité passée de bientôt deux ans. rien pour l'empêcher, du haut de ses 23 ans, de s'alcooliser jusqu'à la nausée. Héritage culturel les yeux se brident du côté maternel : saveurs d'un extrême-orient ayant sombré dans les flots tel l'atlantide égarée. et aux vestiges des notes asiatiques s'ajoute la touche polonaise transmise par son père. Statut single (Stay Intoxicated Nightly, Get Laid Everyday). l'insouciance acharnée, la soif d'expériences, la quête de sensations sans souci d'engagement. Orientation bisexuel, cause éternellement complexe : même le chaos et le renouveau n'ont pas doté tous les humains d'ouverture d'esprit. Finances $$$$$$ pour avoir renoué avec une mère (Daxia) dans la moyenne quoique encore alourdie par les lourds prêts effectués pour offrir les meilleures écoles à ses enfants ; le reste, il le gagne de lui-même. son père (Thadeusz), lui, a atteint post-divorce une célébrité qui lui a considérablement alourdi la bourse, mais Even ne veut rien savoir de son argent.

Univers altéan égaré l'espace de trois années à sigan avant d'être rapatrié. un peu paumé, still, à oublier de répondre quand on l'interpèle en tant que stilinski, à s'embrouiller parfois entre les technologies de l'un et de l'autre monde. parce que sa vie est à altea, mais que c'est à sigan il a commencé à exister. il est déchiré, even, quelque part. le choix est tranché, sans doute aucun : parce que morgan, parce que thalia, l'exil n'est pas envisageable. mais parfois, il aimerait juste— juste tout plaquer, quitte à les entrainer là-bas. c'est risible, tant c'est illusoire. et puis il se console : y'a aussi reyn, ici. fragment capital de l'identité siganaise qu'il a abandonnée à la frontière des mondes. Occupation(s) étudiant en Arts visuels à Palo Alto, deuxième année de cursus brutalement interrompue en novembre par l'effondrement du bâtiment en pleine journée de cours. sa mère le harcèle depuis son retour à Altea pour le convaincre de préparer le concours d'entrée à la très sélect Paracelse, mais Even la vomit, cette école de bourges et de dégénérés, n'y retournerait pour rien au monde, affirme-t-il haut et fort. et pourtant— pourtant ça le travaille, l'envie de revanche, le besoin de se confronter aux vieux démons, de se pavaner sous le nez de ceux qui l'en ont chassé à l'origine. ce serait terrifiant et cathartique, tout à la fois, et peut-être qu'il s'efforce de prendre des cours supplémentaires pour s'essayer au concours d'entrée. l'envie de se relever n'est qu'un aspect du problème : une part de lui est terriblement attirée par le niveau que promet Paracelse à ses étudiants, le matériel de pointe et les méthodes inculquées. mais tout ça semble incroyablement hors de portée. Particularités affinité avec le feu. // y'a la soulmark au bas de son dos : des symboles anciens composant un prénom qu'il n'a pas tenté de déchiffrer — nahuel. et puis aussi ses yeux capricieux, qui changent avec les humeurs de quelqu'un d'autre que lui, se figeant majoritairement sur un gris maussade. rien d'autre pour l'instant. Lien(s) cosmique(s) une soulmate, quoi qu'il jurerait parfois que ce qui le lie à son jumeau défie les étoiles. Keywords fuckboi, étudiant, low on self esteem, fêtes, excès, dRaMaTiC, stigmates, art, synesthésie, photographie, acrophobie.


we are all astronauts
25 décembre 4012

00 an naissance d'Even à Altea et de son frère jumeau, Morgan.


septembre 4020 a.c

08 ans les très bons résultats scolaires d'Isaiah, l’aîné des Stilinski, lui permettent de décrocher une bourse à l’institut Paracelse. il cache ses origines par honte ; se fait passer pour enfant unique issu d'une famille aisée, conscient que la vérité risque de lui porter préjudice parmi les bourges qui l’entourent. sa mère, Daxia, n'y voit que du feu ; terriblement fière, elle se saigne pour offrir la même opportunité à ses autres enfants.


septembre 4019-4021

07 ans Even entre à Paracelse, placé en internat avec son jumeau. son accent arcadien et son matériel/ses tenues de seconde main le trahissent. Isaiah prétend ne pas le connaître. Even devient la tête de turc d'héritiers qui font la loi à leur échelle. parmi eux, Wade, le leader, et Silas.

09 ans contrairement à son frère, il a du mal à socialiser. rencontre avec Eliott Rietveld qui (ayant remarqué le harcèlement) force un peu, jusqu'à devenir son meilleur ami. il lui présente aussi Yohan Pearson. c'est inattendu— ce duo d'alliés qui s'ajoutent à son frère pour l'arracher à sa solitude. even peine à le montrer, mais il s'attache à eux ; aussi sûrement que maladroitement. pour autant, il fait jurer à Eliott de ne parler à personne du harcèlement, allant même jusqu'à menacer de ne plus jamais lui parler s'il en dit mot.


novembre 4024

12 ans le bullying prend de l'ampleur. messages haineux glissés dans ses affaires, bestioles crevées dans son casier, vol d'argent de poche, il se sent pisté et oppressé, rabaissé à chaque fois que son frère tourne le dos. il n'en parle à personne.

divorce des parents Stilinski. malgré la rancoeur qu'il nourrit à l'égard de son père, le tribunal est une épreuve et le verdict un coup de massue.

Mo trouve un message insultant dans l'un des bouquins d'Even, qui affirme que ce n'est rien. d'autres occurrences du même genre entraînent des disputes entre eux : humilié par la situation, Even ne veut pas qu'il s'en mêle. ne veut pas qu'il sache. mais entre Morgan, Eliott et Yohan s'organise une alliance— ils s'arrangent, se relayent, pour qu'il ne soit que très rarement seul.


décembre 4026

14 ans un jour où la bande de Wade, frustrée de ne pouvoir s'amuser à sa guise,  humilie Even à la cafétéria, Mo, Eli et Yohan s'emportent. Eli provoque une bagarre, les autres le talonnent de près, ce qui les mène tout droit à l'administration de l'école. il dénonce Wade, mais l'institut classe l'affaire après de vagues remontrances, de peur de se mettre à dos une famille trop haut placée.


janvier 4027

15 ans alors qu'ils skatent aux Arabesques, Even et Eli se font coincer par Wade et ses potes. ils menacent Eliott à l'arme blanche pour défier le plus jeune de sauter du haut d'une chute vertigineuse. Even accepte, il saute— et des racines surgissent du sol pour stopper sa descente aux enfers : Eliott découvre son potentiel de warden sous l'effet de la panique.


novembre 4029

17 ans vagues tensions naissantes entre Eliott et Even : son meilleur ami est obnubilé par une certaine Blue, et Even, jaloux et possessif, n'arrive pas à se faire à l'idée de le partager.

Wade coince Even sur le toit de l'école et l'incite à en finir. moralement à bout, Even tente de se suicider, mais est arrêté par Silas. cette fois, une enquête est ouverte par l'administration de l'école.

Silas tente de se rapprocher de lui, prétend avoir été contre les agissements de Wade. s'il ne le croit pas au départ et se doute que l'autre tente seulement d'échapper à l'enquête en cours, il finit par se laisser approcher — apprivoiser. il témoigne de façon à tirer Silas d'affaire. les proches d'Eli sont furax.


décembre 4029 à avril 4030

18 ans Even est renvoyé de Paracelse après qu'un étudiant l'ait filmé avec Silas dans les toilettes de l'école, et ait fait tourner la vidéo. une dispute éclate— il fugue. contacte Eli mais disparaît quand son père tente de le joindre chez les Rietveld. tente de se réfugier chez Silas, qui lui claque la porte au nez.

il erre jusqu'à Oriel, dort au refuge quand il y décroche une place et se débrouille le reste du temps : tantôt dans la rue, tantôt à squatter où il peut (chiottes publiques, nightclubs, etc). la bouffe c'est galère. Il en a honte mais tombe bas en quelques semaines— des queues interminables dans l'attente d'un bol offert à la mendicité, en passant par la récup' des sandwichs à moitié finis des autres et le vol à l'étalage, il n'y a qu'un pas. Eliott s'en rend compte et s'arrange pour le mettre en contact avec son frère, Aedhan, dont l'un des coloc est sur le point de déménager. Even récupère timidement la place vacante, se retrouvant entre Aedhan qu'il ne connaît pas, et Yohan qui le soutient de son mieux.

Yohan parvient progressivement à briser sa carapace, compagnon nocturne lorsque les cauchemars le maintiennent éveillé. et c'est alors que tout semble se stabiliser qu'Even traverse un portail par mégarde, pour se retrouver égaré sur Sigan sans la moindre idée de comment quitter cet endroit inconnu.


ans 4030

18 ans d'abord la panique, la discrétion pour sa survie, la découverte d'innombrables différences qui le laissent complètement perdu. mais un certain Reyn Alestra le repêche et, bien que peinant à comprendre ce qu'il raconte, le prend sous son aile pour lui éviter d'être confronté aux autorités.


janvier 4033

21 ans les services secrets (CPIM) se présentent un soir, assènent sans détour être là pour le ramener chez lui. il est arraché au tourbillon de lumières artificielles qu'est Sigan et retrouve son Altea natale. plus précisément, il est ramené chez sa mère, qui remercie les autorités de lui avoir ramené son fils et l'accueille à grand renfort d'étreintes, de larmes, de reproches désespérés. et la colère en lui vis-à-vis du passé— elle s'éteint, juste ainsi, balayée par les retrouvailles avec elle, Morgan et Thalia. il reste du travail, des étapes à franchir, mais ce dénouvement lui ôte des épaules un poids terrible.

(à confirmer/replacer) Les Alestra sont attaqués, les parents assassinés au nom de la cupidité de leurs détracteurs. Reyn parvient à traverser un portail pour se réfugier à Altea, où Even et lui se retrouvent.


mars 4033

21 ans Even tente d'entrer en contact avec Eliott, sans succès. traîne autour de Paracelse sans y entrer d'abord, stoppé par sa haine viscérale de cet endroit, mais se résout à le faire lorsque l'attente s'avère infructueuse. il apprend là-bas qu'Eliott n'assiste plus aux cours pour des raisons confidentielles. dead end. c'est en renouant avec sa sœur qu'il découvre qu'Eliott est plongé dans le coma depuis la mort de Blue en janvier dernier. il parvient à trouver sa chambre et se met une infirmière dans la poche pour visiter en secret son ancien meilleur ami et être prévenu s'il se réveille…

durant l'une des visites, il recroise avec soulagement Yohan, à qui il se voit forcé de servir les explications élaborées par la CPIM concernant sa disparition. Ils se retrouvent souvent à guêter ensemble le réveil d'Eli.


4034

22 ans Eliott sort du coma. Even, prévenu, s'arrange pour venir le voir en dehors des heures de visite. ça tourne en dispute : Eliott lui reproche d'être satisfait de la mort de Blue, de réapparaître à présent qu'il a eu ce qu'il voulait. ça fait mal, mais rien ne peut être aussi blessant que les années passées sans lui. alors Even ravale son tempérament, calme le jeu. c'est pas comme avant, ça ne le sera peut-être jamais, mais c'est mieux que rien (ou pas. il ne sait pas). Eli va vraiment mal, Even se jure de l'aider.


septembre 4034

22 ans après une intense remise à niveau en grande partie soutenue par Morgan et par les notes de cours qu'il peut fournir (il a étudié, là-bas, à Sigan, mais les notions sont différentes, l'enseignement aussi), Even passe ses examens finaux de lycée en candidat libre, les décroche et s'inscrit à l'université de Palo Alto. à propos de sa disparition, qui a à l'époque été relayée par les médias, le background inventé par la CPIM lui pèse ; Even dit ne pas vouloir parler, pour éviter les questions. on le regarde comme une bête curieuse, tant pis. faute de grain à moudre, ça se tasse. il effectue sa première année en Arts visuels. en cours de route, il quitte la maison (soulagé, parce que réconciliation ou non, le retour s'est avéré complexe à gérer et certaines tensions, inévitables).



24k magic 001 les liens sont complexes avec sa famille. son père, dessinateur de BD, a longtemps peiné à rentabiliser ses œuvres. cloîtré dans son atelier à chercher désespérément sa muse, il a délaissé ses proches à mesure que la honte lui dévorait les entrailles, désespéré de ne parvenir à pourvoir aux besoins de sa famille. c'est à Daxia qu'a incombé l'obligation de tout gérer, sur tous les plans : finances, éducation, affection, soins quotidiens. jusqu'à craquer, jusqu'à étouffer, jusqu'à se séparer de cet époux fantôme qu'elle ne supportait plus. ironiquement, c'est après le divorce, une fois tombé dans l'enfer de l'alcoolisme, que Thadeusz est enfin parvenu à percer. l'argent ainsi accumulé a payé la pension alimentaire, mais ne lui a pas rendu sa famille. Even en veut à cet homme de n'avoir jamais été là, persuadé que ses absences étaient synonymes d'indifférence.

voir sa mère si ambitieuse, si implacable et acharnée, si respectée, lui a valu d'estimer le dur labeur. elle a d'ailleurs déteint sur lui, mais en le rendant compétitif au point d'en devenir mauvais perdant. du haut de ses 23 ans, Even oscille entre l'homme et l'enfant, tantôt sérieux, tantôt irrécupérable. tantôt mauvais modèle, tantôt fils ou frère attentionné. désireux de voler de ses propres ailes, mais gardant inconsciemment un pied dans l'enfance, avec ses chaussettes de super-héros et sa manie de toujours compter sur sa mère pour les tâches moins plaisantes — même alors qu'il ne vit plus chez elle. Il est attachant d'une étrange façon. D'une façon frustrante, irritante, à vrai dire, parce qu'emmerdeur, avec son tempérament trop enflammé et un goût pour la contradiction, mais attachant, avec son sourire de gosse et ses dents un peu trop longues. sa relation avec Daxia est conflictuelle, souvent, mais paradoxalement d'une intensité presque abusive. parce qu'ils s'aiment trop fort même quand ils se disputent ; parce que sans elle il perdrait tout bonnement son identité.

002 avec Isaiah, c'est encore autre chose. c'est de la fureur, de la rancoeur concrète, cristallisée en quasi-haine : parce qu'Isa l'a renié, sacrifié sur l'autel de sa quête du succès. et qu'il l'a regardé se faire malmener, à Paracelse, sans jamais intervenir. on lui assure que l'aîné l'a cherché sans discontinuer, sans abandonner, après sa disparition à Sigan. mais Even est sceptique. Even n'y croit pas. Even ne croit pas exister dans l'univers d'Isa le prodige, d'Isa l'ambitieux, d'Isa qui écraserait de son talon tous les obstacles, sang y compris.

son jumeau revêt à ses yeux quelque chose de mystique. phénomène d'empathie, partage de sensations, sixième sens, il songe toujours à Morgan comme une part de lui-même et parfois, comme à la meilleur part de lui. gosses, ils avaient du mal à se dissocier — à s'appréhender comme deux individus à part entière. à ne pas s'assimiler aux goûts de l'autre. sadly, c'est le bullying qui a rompu le cordon du côté d'Even. fusion et complicité en ont pris un coup, plus encore lorsque, là où Even souhaitait se complaire dans une autosuffisance avec Morgan, le caractère sociable et extraverti de ce dernier l'a poussé à toujours plus de rencontres, de projets, un entourage toujours plus conséquent. reste que ce qui les unit perdure et perdurera toujours, à un certain degré. et qu'à chacune des nuits constellées de cauchemars de Morgan, Even ressent le malaise, même loin de son frère, jusqu'à le rejoindre pour l'apaiser.

et puis y'a sa petite soeur, Thalia, peste trésor, perle meurtrière, intello weirdo, regard pétillant criblé de lames. il l'adore Lia, elle est insupportable Lia. et à eux deux ils sont justement ça — insupportables. à semer le chaos pour le simple plaisir de, à détourner les règles à leur avantage ou à oublier qu'elles existent. propension remarquable à se retrouver où il ne faut pas, à encaisser des conséquences faramineuses pour une simple blague. partners in crime et inséparables.

003 art & synesthésie sont une part intrinsèque de son identité, l'impactent aussi sûrement qu'un second adn. le monde d'Even s'accompagne d'une omniprésence de couleurs, dont la saturation et la vibrance varient avec l'intensité des situations ; des lettres de l'alphabet aux rencontres, en passant par les émotions, tout se calque sur la roue de teintes qui constitue sa perception du monde, des choses, des gens. doodles en coins de pages, visites de musée, recherches sans fins sur les différents médiums, les techniques, les tendances, l'évolution au fil des siècles ; quête d'innovation, symboliques, mises en scène, décors — Even est insatiable, en quête permanente de nouveauté et de ressources, et il est rare de le voir sans un crayon, un pinceau ou son appareil photo en main.

004 c'est peu après qu'est venu skate. il est tombé amoureux de la planche — ni le gyroskate électrique ni le hoverboard ne peuvent remplacer à ses yeux le bon vieux skate traditionnel, old school, dont les roues raclent le bitume et font vibrer le bois, adhésif éraflé par les obstacles. jeans déchirés, sang sur le bitume. il en fait depuis gosse, a entraîné son frère Morgan et son meilleur pote Eliott dans ce tourbillon de tricks et d'acrobaties défiant les lois physiques. c'est pas un passe-temps ou un sport, mais un mode de vie ; tous les paysages se découpent à travers ce prisme particulier : son esprit tente toujours d'envisager quelle plateforme est skatable ou non, escaladable sans intérêt spécifique. Daxia, elle, s'arrachait les cheveux à la vue de l'état de leurs jeans et la rapidité avec laquelle ils usaient leurs baskets jusqu'à les percer — elle n'avait  pas les moyens de leur en racheter.

005 Le dessin lui est venu avec le skate, lorsque Eliott lui a soufflé l'idée d'élaborer des designs pour leurs premières planches — celles qu'ils fabriquaient eux-mêmes, faute de moyens financiers du côté d'Even et Morgan. dans la même veine, Even s'est intéressé de plus près à la photo. Après avoir acquis de vrais skateboards pour pratiquer non plus durant quelques minutes grappillées à l'arrache, mais pendant des heures, ils ont eu besoin de décortiquer leurs mouvements et ceux des autres pour améliorer leur technique. Immortaliser les tricks sur une photo s'est imposé comme la méthode idéale pour cela, et Even s'y est attelé. Mais très vite le seul fait de prendre un cliché au hasard n'a plus semblé suffisant. Il voulait retransposer les mouvements sous des angles particuliers, les mettre en scène au coeur d'un décor, jusqu'à ce que les essais tournent en véritables shootings.

006 Even n'aime pas particulièrement se retrouver sous les feux des projecteurs. S'il a l'esprit de compétition et peut s'avérer aussi talentueux qu'acharné, il n'en reste pas moins nettement plus à l'aise de l'autre côté de l'objectif : à capturer les prestations d'un autre ou la beauté d'un visage, d'un corps, d'un objet, d'un paysage.

007 quand ils étaient plus jeunes et encore dans les mêmes classes — avant qu'Even ne redouble —, Mo faisait son possible pour l'aider à passer, quitte à tourner ses copies pour qu'il y pompe quelques bonnes réponses pendant les contrôles. c'est qu'à l'époque du collège, Even s'était terriblement renfermé, trop torturé par ses pensées noires et ses détracteurs pour voir un quelconque intérêt aux études.

008 Il est un peu awkward au premier abord, lorsque confronté à un étranger. Crispé et relativement fermé. pendant leur adolescence, Morgan a tout fait pour le pousser à s'ouvrir aux autres ; il était populaire, lui, et refusait de laisser Even derrière. c'était touchant, mais parfois pesant, et ils se sont pris plus d'une fois la tête quand Even s'est mis à refuser les invitations qui impliquaient d'autres personnes qu'Eliott et Yohan.
maintenant, les choses vont nettement mieux. une fois la glace brisée, les limites de l'autre testées, Even se lâche et redevient lui-même : insolent sur les bords parce qu'aimant taquiner ses aînés, cocky lorsqu'il prend ses aises et savoure ses victoires, mais surtout dork à ses heures, à envoyer des photos de grimaces à tout va et à utiliser ses propres photos dossiers en guise de meme.

009 les anniversaires étaient toute une affaire, rly. Yohan étant né le même jour que les jumeaux, à 2h près, ils ont vite pris l'habitude de partager leurs fêtes, tous les trois. sauf quand Yohan et even se prenaient la tête, généralement à propos d'Eliott. à l'approche du 25 juillet, la tension était toujours intense : tout le monde tentait de faire en sorte que tout aille bien jusqu'au bout, pour que n'éclate au dernier moment une engueulade qui se solderait sur des fêtes séparées et des convives déchirés entre deux choix.
Even n'avait aucun scrupule à user de chantage affectif contre Eli dans ces moments-là ("tu viens à ma fête hein ? c'est moi ton meilleur pote, et y'a mo aussi, alors tu viens pour nous right ?") mais l'ambiance était terne ; et lorsque Eliott s'éclipsait en cours de soirée pour rejoindre Yohan, partageant son temps entre les deux, Even faisait la tête — mais glissait dans son sac un paquet très très anonyme destiné au Pearson. Pas parce qu'il lui manquait ou quoi que ce soit hein, pff, non, du tout.

010 Les tatouages et le bodypainting le fascinent. il se macule régulièrement d’œuvres temporaires : son corps est une toile et un espace d'expérimentation, où il crée des designs qu'il porte tantôt ouvertement tantôt de façon discrète, ou qu'il photographie et poste sur les réseaux sociaux. mais il a trop d'envies pour se faire tatouer sans risquer d'en être entièrement couvert à la fin ; et lorsqu'il ne se colore pas lui-même, ses proches deviennent ses toiles préférées.

011 Il a vécu en colocation avec Eliott dans un appart un peu miteux d'Oriel depuis fin 4034 : sujet de tension avec sa mère que ce "trou à rats complètement glauque" comme elle l'appelait. deux pièces plutôt fait pour une personne à l'origine, Eliott ne l'ayant rejoint qu'après qu'Even ait découvert qu'il vivait à la rue et l'ait harcelé pour qu'il accepte un toit. ils ont passé des mois en équilibristes dans un périmètre restreint, avec un lit pour deux grinçant à chaque mouvement. mais en dehors des étés trop étouffants d'Altea, Even ne s'est jamais plaint de devoir se blottir contre Eliott ; notamment en hiver, quand il fallait compenser les dysfonctionnements du chauffage. ils sont sur le point de déménager, cela dit, et malgré ses réticences du début, Even est maintenant extatique : sa mère a fait jouer ses contacts pour leur décrocher un bail plus que décent, une maison pour étudiants à Palo Alto. baraque de jolie taille où s'installer à 5, et où les rejoindront Morgan, Reyn, et un autre locataire dont ils ne savent encore rien. c'est sacrément pratique— puisqu'ils passaient de toute façon la majeure partie de leur temps à squatter les uns chez les autres et à rechigner à se séparer.

012 Lazy ass lorsqu'il est question de ménage et de nettoyage, Even est toujours prompt à rappeler à sa mère qu'il est désormais un homme mais compte encore sur elle pour lui fournir un stock de caleçons propres ou changer ses draps de temps à autres. Raison pour laquelle elle faisait irruption à l'appart pour récupérer leur linge sale à Eliott et lui et s'assurer qu'ils aient quelques aliments sains dans leur kitchenette ("ça vous arrive d'avaler des légumes ?" "Des léquoi ?" "La pomme de terre ça compte ?" "Je n'en vois nulle part" "Regarde dans les surgelés, silly !" "... non les garçons, les frites ne comptent pas."). En général elle se résout plutôt à leur emmener des barquettes de plats faits maison, parce qu'ils laissent tout gâter, infoutus de cuisiner quoi que ce soit de décent et préférant largement squatter des fast-food ou manger chinois en chillant devant des jeux vidéos. leur stock de boissons énergisantes est par contre largement fourni, et le placard réservé aux snacks et à l'alcoolisées est une perle de diversité et d'organisation. Daxia, outrée, menace constamment de tout bazarder dans les chiottes.

013 c'est un grand consommateur de boissons énergisantes. Il en engloutit tant en période d'examens qu'une fois les épreuves achevées, il dort pendant deux jours d'affilé au moins.

014 Ironie des choses, lorsqu'il rentre chez les Stilinski Even écope toujours de la corvée courses et ça implique tous les arrêts ou achats gênants que sa mère, son frère et sa soeur peuvent imaginer. il assure que c'est parce qu'il s'en est trop chargé "dans sa jeunesse" qu'il n'a "plus la force" de faire ses propres courses.

015 Il a probablement les trois quarts des torts imputables à la jeunesse insouciante : mange tantôt énormément et n'importe quoi, tantôt rien du tout ; fête trop, boit trop, jure trop, consomme occasionnellement de la drogue, procrastine, se couche au petit matin et sèche les cours dont l'horaire entre en conflit avec son horloge interne. Sa consommation de psychotropes se limite par contre aux fêtes — il fait très attention à ne pas dépasser les limites.

016 Le réveiller est un sacré calvaire. Quand il dort il ne bouge pas, ne fait pas de bruit, semble à peine respirer. Il a carrément l'air mort, en fait, et il n'entend tellement rien qu'il est difficile de lui arracher une réaction.

017 il a collection de t-shirts blancs ("wtf ils sont pas blancs, c'est albâtre, argile, céruse, (...)"), mais croire qu'il ne fait pas attention à son apparence serait une erreur fatale. Even est absolument, physiquement, incapable d'être à l'heure, à la fois parce qu'il se bouge trop tard et parce qu'il prend un temps fou à se préparer. Pire qu'une nana, et bon sang, en cas de voyage il ne sait pas se limiter à une valise. Il en faut une pour son lot monstre de chaussures et au moins deux ou trois pour le reste. sa garde-robe est organisée par nuances de couleurs.

018 Il a du mal à se concentrer sur les activités purement théoriques, raison pour laquelle il peine tant sur les révisions et galère à maintenir ses notes dans les matières n'impliquant ni créativité ni mouvements ou, tout simplement, lorsqu'il n'est pas suffisamment passionné pour s'imprégner du sujet. Résultat, il finit souvent tête en bas sur son canapé, à contempler le plafond en posant des questions existentielles loufoques ("do you think stars have feelings ?"). Pas pour rien qu'Eliott est son bff.

019 Vindicatif, Even s'échauffe et s'emporte assez vite, trop parfois. Le fait qu'il soit buté n'aide clairement pas : il peut nourrir griefs et rancune pendant un moment. Quand il se lance dans une guérilla d'ailleurs, il se montre petty, d'une mauvaise foi confondante et ne lésine pas sur les coups-bas. Le fait qu'il se soit procuré le numéro de tel du fils Ilang et ait noté à l'arrière de sièges de bus "call nao ilang 4 a BJ" en témoigne.

020 sa soulmate est pour lui un mystère insondable pour lui, bien que généralement, il n'y pense pas. il a des symboles gravés au bas du dos, scannés par son tel et désignés comme étant des lettres, vestiges d'une culture amérindienne pré-apo. il n'a pas cherché plus loin, curieux mais pas suffisamment, ou pas assez studieux. peur d'être déçu, quelque part : paraît que certains ne croisent jamais la leur, d'âme-sœur, et il comprend mieux cette fatalité à présent qu'il sait à quel point sont vastes et complexes les univers où évoluent les hommes.

021 fasciné par l'assurance des plus forts, des plus populaires, de ces garçons capables de s'imposer, Even a connu son premier crush masculin à 14 ans. c'était pas juste physique, pas comme les hormones le torturant face aux courbes généreuses des filles, c'était une bonne part d'idéalisation, de haine de lui-même. ce type était juste tout ce que lui n'était pas... Even l'admirait pour ça, cloîtré dans le déni là où son entourage ne cessait de lui assurer que cette histoire était vouée à mal finir. l'ironie est que, bien qu'ayant un certain dédain pour les fuckboys, Even en est devenu un, par mimétisme. a fini par se construire une nouvelle carapace pour se prouver à lui-même qu'il valait mieux qu'avant, qu'il était différent, qu'il ne serait plus jamais faible, façade masquant un déséquilibre, une carence. au fond, le manque de confiance et d'estime de soi perdure, poison latent. et s'il a appris à se servir de ses poings ou de ses aptitudes, le garçon au fond de lui continue d'avoir peur. peur de recroiser celui qui lui a brisé le cœur pour la première fois, peut d'être à nouveau rabaissé, ridiculisé, peur de ne pas être à la hauteur et tétanisé par le vide. alors pour se défaire de cette compagne qui le talonne plus fidèlement que son ombre et l'étrangle, il se fixe des défis, parfois judicieux, parfois incroyablement stupides. chaque jour est un nouveau défi.

022 party boy. il semble tellement cool le jour, avec ses potes, ses vestes en cuir, pantalons laminés, piercings assumés et sur les bras, des arabesques colorés peintes à même le corps. tellement intenable dans ses nuits de débauche, à écumer les clubs, à embrasser des inconnus comme s'il n'y avait pas de lendemain, pour se retrouver à naviguer à travers leur journée de cours avec une gueule de bois monumentale le lendemain, accumulant les retards. et tellement crétin ces soirs où il enfile ses pyjamas surmontés d'oreilles ou de queues de lapins et se roule sous une couette partagée avec Morgan ou Eli, leurs membres tellement entremêlés qu'on ne saurait dire où commence l'un et où finit l'autre.

ce qu'on voit d'Even à l'uni, c'est cet invétéré fêtard qui navigue entre deux paires de lèvres sur le rythme d'une musique déjantée, qui consomme de l'alcool ou fume des substances douteuses dans l'une des baignoires de l'étage, qui s'emporte au point d'en venir aux poings lorsqu'on le cherche un peu trop. alors forcément, comme toutes rumeurs étudiantes, celles courant à son sujet sont assez vite devenues wild. on dit qu'il aurait couché avec une prof pour valider l'un de ses cours, que sa tolérance à l'alcool est sans limite et qu'il boit comme un trou littéralement tous les soirs. qu'un jour il a dépassé les bords, toutefois, et qu'il s'est tant bourré qu'il a demandé à un policier de le sucer. exagérations — mais le voir débarquer en retard en cours avec des cernes de dix mètres de long n'arrange pas vraiment sa réputation ; il est ce garçon électrique et irresponsable en soirée, qu'on devrait éviter mais qui charme par ses gestes, et qu'on pense opposé à la seule idée de se caser. à vrai dire, après deux ruptures, Even a juste préféré arrêter de se fourrer tête baissée dans des histoires trop compliquées. il s'est promis de ne plus se consacrer à quelqu'un qui n'en vaut pas la peine — de réfléchir beaucoup plus sérieusement et de s'assurer que ses raisons soient bonnes, avant de s'engager émotionnellement. ça lui convient tout à fait, de juste s'amuser. et puis il est bien plus aisé de sociabiliser quand on est intoxiqué.

023 Even a horreur qu'on le dise, mais ceux qui connaissent assez sa famille ne manquent pas de le remarquer : il a hérité du penchant de son père pour l'Art sous toutes ses formes. Dessin, peinture, danse, chant, mais surtout, photographie. il a commencé petit, mais s'y est mis vraiment sérieusement à l'aube de l'adolescence : exutoire recommandé par la psychomage scolaire. S'il a été tenté de se consacrer exclusivement à sa passion pour la photo, il s'est vite aperçu qu'il se sentirait incomplet s'il n'avait l'occasion de dessiner, de peindre, de créer de ses mains. s'ajoutait également la contrainte de trouver un compromis avec ses parents, qui le voulaient de l'autre côté de la lentille ; il suit donc un double cursus Arts visuels / Arts de la scène (options danse et musique/chant).

024 fou amoureux des animaux, parfois plus que des humains, il a eu une quantité considérable d'animaux au fil des années. Kowalski est son caméléon de compagnie, espèce sensible à la small science qui crépite dans l'atmosphère altéane et les gènes de ses habitants. cap de littéralement disparaître lorsque mécontent ou menacé, de changer de couleur selon ses humeurs, Kowalski a notamment séduit Even par son lien avec le feu. de la fumée ou de petites flammes lui sortent par les narines et la bouche lorsqu'il est en colère et il devient rouge de la tête à la queue — ce qui lui a valu d'être rebaptisé Kowalski Express, selon le train magique d'une saga pré-apo fascinante (Harry Potter). très possessif (tel maître tel caméléon, vous diraient les mauvaises langues), il dort dans le lit d'Even, le boude lorsqu'il découche (souvent, donc) ou accorde trop d'attention à quelqu'un d'autre que les personnes ou créatures avec lesquelles Kowalski n'est pas habitué à le partager. Even a des discussions très sérieuses avec lui parfois, et loin des regards il le surnomme Kow, gazouille comme s'il avait à faire à un bébé, fondant lorsqu'il le voit devenir rose de bonheur.

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Even Stilinski
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4 019 (9 ans) ; tag
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part 1. Le brouhaha familier se fracasse sans crier gare sur une fausse note :
ici, Even et Morgan cessent de se disputer le skate "artisanal" qu'ils se partagent difficilement ; là, Isaiah cesse un instant de tourner les pages du livre qu'il étudie assez assidument pour en brûler les pages à l'intensité de son regard. Thalia a posé la question fatidique— c'était son tour. On mange quoi ce soir, mama ?

Et Daxia suspend ses gestes, immobile un instant comme fauchée en plein cœur. Parvient à pivoter sur ses talons, rictus-grimace érigé en simulacre de sourire, pour affronter leurs regards expectatifs. Ce soir, elle entame. Déglutit audiblement. on fera léger, d'accord ? Dossiers oubliés, elle se lève pour fouiller son sac et les rejoint, la moitié de son sandwich de ce midi en main, et ils bougent avec hésitation pour s'asseoir en cercle serré au sol. C'est une manie un peu étrange, une vieille habitude ; à délaisser les sièges pour se caler les uns contre les autres, ils ont un peu l'impression de resserrer les liens ; et les repas frugaux en semblent un peu plus délectables. Un peu. Entre Even et Mo, dont les regards se croisent, s'entame une jouxte muette et immobile, heurt de prunelles déterminées. Mo qui semble dire je veux en prendre cette fois et Even qui réplique non, on a déjà parlé de ça, t'as oublié ?

Ils sont les hommes de la maison, avec Isa.
Ils sont les hommes de la maison, fort de la porte close derrière laquelle se cloître un père-fantôme, un père absent. Un père inexistant. C'est à se demander comment il vit, mais les gosses savent— ils savent que Daxia lui prépare régulièrement des plats qu'elle place sur son bureau, qu'ils se disputent et qu'elle quitte l'atelier d'un pas furieux, met toute la force de sa volonté à se retenir de claquer la porte.
Ils sont les hommes de la maison et pour cette raison, la responsabilité leur incombe de penser à elles avant tout. C'est du moins ce que pense Even, en dépit de la frustration de sa mère, de l'obstinance avec laquelle elle martèle que c'est à elle de se soucier de leurs besoins. Les sourcils de Mo se froncent et ses lèvres se serrent, mais il acquiesce. Et pourtant, lorsque le sandwich continue son tour du cercle pour atterrir entre les paumes d'Even, la résolution flanche. La faim lui racle les entrailles à les faire geindre, il contracte l'abdomen pour étouffer le son. Mo presse deux doigts dans sa cuisse et pince. Fort. Dans un sursaut, Even se remémore les résolutions et repousse la tentation. Plisse le nez d'un air faussement dégoûté, fait passer sans y goûter. J'en veux pas. Even, si c'est encore cette histoire de— Y'a pas d'histoire ! Laisse-moi. J'en veux pas. Arrête un peu et mange, c'est— Tu peux pas me forcer ! Steven Stilinski je te prierais de baisser d'un ton. Il a l'air d'être resté mille ans dans ton sac, il est tout écrasé et baveux. J'en veux pas je te dis, je mangerai demain à l'école. Elle serre la mâchoire et il persiste dans son rôle d'insolent, jusqu'à ce qu'elle lui arrache le sandwich et en prenne une bouchée furieuse à sa place. Il est parfaitement bon. Délicieux. C'était le meilleur des sandwichs. Mais tant pis pour toi, je viens de manger ta part. M'en fous. Et ça se relance, et ça pique, et ça persiste jusqu'à l'engueulade. La voir avaler quelque chose lui fait du bien mais la faim, paradoxalement, le rend amer ; gronde en lui comme un monstre insatiable et gifle ses nerfs de la pire des façons, à en noyer les bonnes intentions sous des couches de colère et de frustration.

La porte claque derrière lui lorsqu'il se réfugie dans sa chambre, puni. Ses mains se crispent sur son estomac plaintif et il se plie en deux, le temps que s'atténue la crampe. De l'autre côté de la paroi de bois, l'atmosphère s'est calmée après qu'il ait été chassé ; ils se racontent leur journée pour combler par affection et partage le vide de leurs assiettes, ou presque : Isa, distant, les déclare sèchement trop bruyants et quitte le salon avec un agacement évident.

Even s'affale dans son lit et ferme très fort les yeux. Les week-ends sont à la fois rassurants et cruels. Rassurants pour la fuite qu'ils lui offrent : car chaque pas loin de l'internat est un poids de moins sur les épaules, une once de soulagement égoïste. Cruels car sans les plats de l'internat, il ne reste que le manque de tout, et le temps s'écoule à la fois trop vite et trop lentement de vendredi soir à lundi matin. Derrière ses paupières s'invitent des mets inaccessibles, il en salive. Ses phalanges se crispent de l'envie d'en découdre, de plonger dans les délices pour les réduire en pièces. Alors— alors il occupe ses mains nerveuses. Attrape ses affaires à la hâte et se cale des couleurs entre les doigts, pour figer ses mirages sur le papier. Les plats s'accumulent autour de lui, se multiplient jusqu'à couvrir le sol en festin. Il lève la tête lorsque la porte s'ouvre sur Mo et, lorsque ce dernier le questionne, le sourire d'Even est immense. C'est le dîner, qu'il offre dans un chuchotement déterminé, prunelles pétillantes et ton de secret. On peut inviter Lia… mais pas Isa, il pinaille, et Mo tape contre le mur deux fois, puis deux autres encore, invitation codée dédiée à la benjamine, avant de lui décocher un sourire complice.

part 2. Steveeeen ! Un bras s'enroule autour de ses épaules, stoppant son avancée. Le timbre est sympathique, affectueux même, comme l'est le regard posé sur lui par le plus grand. Mais les émotions qui nouent vicieusement le ventre d'Even sont diamétralement opposées à l'image innocemment amicale que renvoie leur duo. Wade ne se formalise pas de la rigidité de ses épaules. Au contraire, la prise de sa main se resserre légèrement et son sourire s'élargit, dévorant les trois quarts de son visage. Ah, mon ami, il reprend avec un soupire lourd de sous-entendus, qu'est-ce que je ferais sans toi ? J'ai encore oublié l'argent pour mon déjeuner. Son timbre est vaguement plaintif et tandis qu'il passent devant l'un des surveillants de la cafétéria de Paracelse, l'homme capte les mots, hausse un sourire réprobateur mais secoue ensuite la tête avec indulgence.

Peut-être le regard d'Even n'est-il pas suffisamment explicite. Il est pourtant certains que ses yeux légèrement écarquillés crient aidez-moi, mais déjà, l'homme détourne le regard et après avoir courbé la tête pour le saluer respectueusement, les garçons s'éloignent sans qu'il ne songe le moins du monde à intervenir. Hey, tu ne réponds pas à ton aîné ? C'est impoli tu sais. C'est à son oreille qu'il susurre cette fois, et Even est plus accoutumé à ça. A la menace sous-jacente, terrée sous les couches de faux semblants. J'ai- les sons se prennent dans sa gorge, le laissant muet une seconde, et il se déteste, se déteste tellement d'être si ridicule, si aisément impressionnable, j'ai s-seulement assez pour un repas, il souffle, triturant nerveusement le bas de sa veste d'uniforme, et l'autre lui sert un sourire plaisant. Bien, c'est largement assez non ? Il tend une main, paume vers le ciel, réclamation explicite. Even voudrait résister. Il peut presque se visualiser frapper le dos de la main outrageante pour l'écarter de son chemin, contourner l'autre garçon pour rentrer d'un pas décidé dans la salle bruyante où s'installent déjà les autres, et où résonnent les sons des plateaux de métal claquant contre les tables. Mais ce n'est pas l'attitude que devrait avoir un cadet et il y a comme... une barrière. Lui d'un côté, les autres à l'autre extrémité, au-delà d'un précipice dont un mot de trop suffirait à le faire chuter. Personne vers qui se tourner. Pendant une seconde il songe à capter un regard.Mais  à quoi bon ? Depuis son redoublement et le changement de coloc forcé de Mo, Wade dort dans la même chambre que lui ; si quiconque l'interrompt ici, il attendra qu'ils soient cloîtrés entre quatre murs pour lui faire payer. Alors le cadet effectue le seul geste qu'il pense pouvoir esquisser pour ne pas aggraver les choses. La main de l'autre se referme sur l'argent et il s'en va avec un rictus satisfait, non sans lui asséner une claque à l'arrière de la tête — juste un peu trop forte pour être inoffensive. Brave gamin, il murmure par-dessus son épaule, et cette fois, les accents mauvais de sa voix sont en accord avec la lueur déplaisante qui ne quitte jamais ses prunelles.

4 021 (9 ans) Part 1. Even regarde en arrière, suspicieux. Fronce les sourcils. Accélère, ses poings crispés sur les anses de son sac à dos trop pesant (devra-t-il le jeter dans les buissons s'il lui faut opter pour une fuite rapide et efficace ? Il court vite, plus vite que certains de ses aînés, et il connait les raccourcis vers la pension, ça devrait suffire à lui sauver la mise).

Nouveau coup d'oeil.

Il est toujours là. Le garçon étrange qui l'a abordé à la cafèt' quelques jours plus tôt, avec ce sourire immense qui lui bouffe la moitié du visage (c'est indécent, d'être heureux comme ça). Even lui a poliment dit it was nice to meet you but i don't think we can get along well, mais l'énergumène n'a vraiment pas l'air de comprendre des notions aussi simple que au revoir (adieu, même). Les sourcils du plus jeune sont furieusement froncés, tant d'insatisfaction que d'inquiétude. Lorsqu'il accélère, l'autre en fait de même, lorsqu'il bifurque, l'autre bifurque, sur ses talons depuis qu'il a choisi de quitter l'institut à pieds (c'était vraiment stupide, mais Wade et sa bande l'attendaient près de son vélo électrique... il a paniqué, fait demi-tour et est parti dans le sens opposé).

Ok.
Ok.
Aux grands maux...

Even pique un sprint. Brusquement, sans prévenir, il se met à courir à vive allure, attendant d'avoir tourné à un coin de rue pour se délester de son sac à dos et le "cacher" plus ou moins dans un taillis. Il ne prend même pas le temps de s'arrêter tout à fait, l'envoyant simplement voler là (il n'a pas vraiment réfléchi, c'est l'instinct de survie qui prend le pas) tout en continuant sa course acharnée. Et il ne s'accorde pas une pause pour souffler, pas tant que les dortoirs ne sont pas en vue, pas tant qu'il n'a pas franchi les grilles, pas tant qu'il n'a pas posé la main sur la poignée, pas tant qu'il ne l'a pas enclenchée pour se faufiler à l'intérieur, à l'abri. Lorsqu'il se jette dans le couloir de l'entrée, claquant la porte derrière lui et s'effondrant à genoux avant de basculer sur un côté, il a le souffle court, les poumons qui sifflent, les yeux écarquillés de terreur, et son sang bat si fort à ses oreilles qu'il ne percute pas immédiatement les éclats de voix raisonnant autour de lui. Steven Stilinski, que sont ces manières ! On ne claque pas les portes ainsi- et étais-tu donc depuis tout ce temps ? Tous les autres sont rentrés depuis une éternité ! Les horaires sont strictes et il voudrait répondre qu'il est désolé, mais panique et rush d'adrénaline l'essoufflent tant qu'il n'arrive à rien dire, lâchant sporadiquement des mots hachés, dénués de sens. Je- perdu- pieds- me- suivait, il bafouille en crispant une main sur sa poitrine là où son cœur tente douloureusement de s'éjecter hors de sa cage thoracique. Les mots avortent en un son étranglé et inquiète, la surveillante se baisse à sa hauteur pour. Steven, est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ? elle demande, anxieuse, et il secoue la tête en un mouvement nerveux dont lui-même ne connait pas le sens, sautant au cou de la femme pour s'accrocher à elle comme si sa vie en dépendait. Il ne le fait pas souvent — non, il ne le fait jamais, Even est ce garçon un peu étrange et renfermé qui file toujours à travers les couloirs tête baissée, évitant tous les regards, refusant toute compagnie, ne parlant pas plus que le strict minimum. Il ne s'en remet jamais aux adultes et pourtant, il a eu si peur cette fois que le torrent menace de déborder, les aveux se précipitant à ses lèvres.

Il a envie de lui dire ces nuits sans sommeil passées à étouffer des larmes dans l'oreiller. De lui raconter les tâches que lui impose Wade, de la plus banale à la plus pénible — du laçage de ses chaussures truffé de claques à au sommet du crâne, à l'argent qu'il lui taxe au quotidien, lui imposant de lui acheter à manger avec son propre argent, quitte à le laisser traverser la journée ventre vide. Mais il faudrait alors mentionner ces fois où il l'attend avec d'autres garçons plus âgés et où, postés en cercle, il le bousculent d'une paire de main à une autre, jusqu'à ce qu'il chute, et le rouent de coups de pieds en se moquant de lui. Il faudrait avouer l'humiliation d'avoir à lui lécher les basques, littéralement, avant de les essuyer, "jusqu'à c'elles soient immaculées Even !". Et alors, il resterait encore à dire toutes ces fois où il là suspendu et enfermé dans son casier à l'école, l'y laissant des heures durant avant de le libérer — les cours manqués de cette façon, l'inquiétude de son jumeau face à ses pseudo-disparitions et les colères de sa mère à l'idée qu'il ait osé faire l'école buissonnière. Et ces instants où il se laisse trainer par le groupe dans les toilettes des garçons, enfoncer la tête dans la cuvette et insulter jusqu'à ce que ses oreilles résonnent des injures et de la certitude de n'avoir aucune valeur.

Il ne peut pas dire tout ça, il ne peut pas. Il parvient juste à geindre un son suppliant, étouffé contre son épaule tandis qu'elle le berce. Il a peur, il a tellement peur, et il voudrait la supplier de ne plus l'envoyer à l'école, de dire à ses parents qu'il est malade, très malade, qu'il doit rentrer à la maison, qu'il voudrait crever parfois et qu'il est trop jeune pour avoir ces pensées-là. Supporter Wade est déjà si dur, tellement au-dessus de ses forces ; et voilà que ce nouveau garçon, cet Eliott Rietveld se met à le suivre partout. Il ne lui a rien fait. Il n'a rien fait pour qu'ils veuillent tous lui faire du mal ! Je suis désolée d'avoir crié, calme-toi d'accord ? Regarde-moi, shh, tout va bien, tu es en sécurité, tu vois ? Dis-moi ce qui s'est passé, qu'est-ce qui t'a mis dans cet état ? Il ne s'est même pas aperçu que ses sanglots étaient devenus hystériques, mais les mots de la responsable du dortoir lui font l'effet d'une douche froide. Il doit se calmer, il ne peut pas lui dire, il ne peut pas. Alors il ravale les larmes, maudissant les sanglots qui continuent de le secouer violemment tandis qu'il affirme que Tout va b-bien j'ai j-ju-uste—

La porte d'entrée se rouvre sur ces entrefaites et les yeux d'Even s'écarquillent à la vue du garçon qu'il pensait avoir réussi à semer. Ah Eliott ! Encore un retardataire, désapprouve la pionne, mais son timbre grondeur suinte l'affection. Rietveld salue tranquillement, comme s'il n'était pas étrange de la trouver assise par terre à caresser le dos de l'un des résidents du pensionnat, affalé sur ses genoux comme un cry baby. Even cache son visage au creux du cou de la jeune femme, mortifié et terrifié. C'est fini. Il est fini. Eliott Rietveld dira à tous les autres ce qu'il a vu et ils lui pourriront la vie jusqu'à la fin des temps et même dans ses existences suivantes. Ce n'est pas une heure pour rentrer, qu'est-ce qui se passe avec vous les garçons ? Even se crispe dans ses bras, s'extirpant nerveusement de l'étreinte pour se replier sur lui-même, et elle comprend qu'il ne parlera pas. Sans réprimande, elle se relève simplement en même temps que lui, tentant de poser une main rassurante sur son épaule — mais il feinte, échappant au contact comme il l'y a habituée avant ce soir. Ne prenez pas de mauvaises habitudes, je ne laisserai rien passer la prochaine fois, elle réprimande, mains sur les hanches. Merci…, murmure honteusement Even, recouvert par un Eliott plus débonnaire qui le fait cringer. Ce garçon n'a-t-il donc aucune gêne ?

Le plus jeune tente de se faufiler discrètement loin de lui, mais — Wait ! It's yours, right ? Oh. Oh. Est-ce que le sol pourrait l'engloutir ? Rietveld tient son sac à dos à bout de bras, celui qu'il a voltigé dans le décor pour le fuir plus vite, et Even se sent incroyablement, horriblement, stupide. How can you lose such a big backpack ? Il s'esclaffe, et étrangement, ça n'a pas l'air menaçant. Pourquoi lui rend-il ses affaires ? Even vérifie à l'intérieur et... tout y est. Ses livres ne sont pas trempés et en lambeaux, ils sont parfaitement intacts. Pas d'encre déversée un peu partout, non plus. C'est vraiment bizarre. Rietveld lui ébouriffe les cheveux d'un geste presque fraternel. You sure are a weird little thing, eh ? Il rit, et Even rougit violemment, marmonnant un remerciement en regardant ses pieds, avant de faire volte-face sans crier gare pour aller jusqu'à sa chambre.

Quelques volées d'escaliers plus haut, une sensation étrange le submerge et il ne cède au besoin de vérifier que lorsqu'il atteint le quatrième étage.

Il regarde en arrière... et il est encore là, à le suivre, encore. C'est un cauchemar ? Even accélère. Regarde derrière. Rietveld lui fait un joyeux coucou de la main. Sort en même temps que lui lorsqu'il s'extirpe de la cage d'escaliers. W h Y ?? Il est encore sur ses traces tandis qu'il traverse le couloir. Et s'arrête juste derrière lui lorsqu'il pile net devant la porte de sa chambre. Cette fois, Even se tourne fermement pour lui faire face, lèvres pincés, yeux plissés et bras croisés, le cœur battant à tout rompre sous la surface bravache qui menace de s'effriter d'une seconde à l'autre. Que dirait Morgan à sa place ? Rietveld, lui, regarde le numéro de chambre d'un air surpris tellement peu crédible qu'on ne peut que deviner qu'il est surjoué. Looks like we're gonna be roommaaaates ! s'exclame-t-il avant de le contourner tranquillement pour s'inviter à l'intérieur et se jeter sur le lit vide de Wade après avoir lâché son sac à dans l'armoire elle aussi vide de ce côté de chambre.

Even reste plusieurs secondes interdit, bouche ouverte et regard fixé dans le vide, à embrasser la scène en se demandant ce qui se passe. Hey, you okay ? La terre à Steven ! La question le tire de ses pensées, assorties d'un claquement de doigts. Il ne rêve pas, ce gars qui a l'air sympa avec lui a vraiment pris la place de Wade. Est-ce que quelque part, une divinité quelconque a enfin entendu ses suppliques ? Fierté oblige, Even se dirige résolument vers son côté de la chambre sans lui adresser la parole, se prépare pour la nuit et s'enfonce sous les couvertures jusqu'à la tête. Mais sous ses airs indifférents, il a le cœur qui bat la chamade. Est-ce que Rietveld voudra bien devenir son ami...?

part 2 Tu voulais vraiment étudier ici ? Eliott fronce les sourcils, grimaçant d'incompréhension en fixant le jeu d'échecs posé entre son compagnon de chambrée et lui. Les pions blancs et noirs se disputent les territoires sur la surface électronique, mais il n'arrive pas à se concentrer. Carrément ! Tous les grands wardens ont étudié ici, tu te rends compte ? C'est énorme ! Even hoche lentement la tête, sans partager pourtant son excitation. Les wardens sont les héros du peuple, mais lui n'en a pas rencontré personnellement un seul : tout ce qu'il voit ce sont les gosses de riches qui se pavanent comme si l'univers leur appartient, moqueurs et cruels, et Isaiah qui prétend être l'un de ces gars là. Qui prétend ne pas avoir de famille. Il se mord la lèvre inférieure, hésitant avant de commenter : Ça reste une école. Et l'école ça craint Eli. À ça, Rietveld hausse les sourcils, et Even se méprend, pensant que l'utilisation du surnom l'a vexé ; -ott., il ajoute rapidement pour l'apaiser. Ou... Rietveld ? Mais l'autre éclate juste de rire, encore. Tu peux carrément m'appeler Eli. Ou— c'était quoi déjà ton terme là ? Hyung ? Le truc en langue pré-apo… Je n'appelle pas les étrangers grand frère. Rietveld. Non mais hey, Even ! Je ne suis pas un étranger, je suis ton nouveau meilleur amiiii. Et sans crier gare, Even se fait engloutir dans une étreinte d'ours qu'il l'aplatit contre le matelas.

Part 3. Il y a un pavé. Un pavé. Une enclume. Sur son estomac. La nausée à l'orée de ses lèvres. Comment ça tu- tu es au courant de tout ? J'ai vu… Wade. Je sais que quand tu es seul il- Non. Interrogation dans le regard sombre et inquiet d'Eliott. Il ne se passe rien. La panique éclot au creux de son poitrail et des pétales rouge sang teintent son esprit d'horreur et d'humiliation. Tout ça- la rencontre, le changement de dortoir- Je, hm. Je me suis arrangé. Il semble demander pardon mais n'avoir aucun remord, tout à la fois. Even se sent—
Il ne sait pas comment il se sent.
Il rit, jaune, un peu hystérique. Il… Il pensait qu'Eliott avait voulu apprendre à le connaître. Pas qu'il avait vu en lui une cause perdue, une victime à sauver. J'ai pas besoin de toi. Silence. Et puis. Whatever. Moi si. C'est plus la peine de mentir- mais il s'interrompt lui-même en se plaquant les paumes sur les oreilles et en fermant les yeux, mâchoire crispée, refusant de l'entendre répliquer. Les mains d'Eliott couvrent les siennes, tout en douceur. J'ai besoin de toi. Meilleurs amis, ok ? Et quand il l'enlace Even se débat rudement un instant avant de s'accrocher à lui de toutes ses forces, parce qu'il ne— il ne saurait pas ce qu'il ferait si Eliott sortait de sa vie à présent. Tu peux rien dire à personne. Les adultes sont pas fiables et Mo- je veux pas qu'il sache. Tu peux rien dire, il ordonne-plaide un instant plus tard, et ajoute lorsque Eliott semble vouloir protester : Si tu lui dis. Je te parlerai plus jamais. Tu dois jurer.

décembre 4 026 (14 ans) part 1. T'as pas emmené la décoction verdâtre que ta mère t'a dit d'avaler tous les matins ? Even gigote sur son siège, mal à l'aise. Regarde brièvement son sac à dos du coin de l’œil avant de retourner son attention sur ses mains croisées sur la table. Pas eu le temps... Oh ? Qu'est-ce qui peut bien être plus important que des épinards pulvérisés ? Eli a un bout de mangue qui lui pend entre les dents comme une langue mutante et les lèvres entrouvertes autour, et il semble sincèrement intrigué. Even se contente de renifler impatiemment en haussant les épaules. Rien de spécial. Il ne peut pas avouer que ladite substance douteuse a été déversée quelques minutes plus tôt au fond de sac par les bons soins de Wade, si ? Si le tissu n'était pas imperméable, il suinterait le jus pâteux d'épinard et d'encre dans lequel pataugent actuellement ses affaires ruinées. Prends le mien, Mo ricane en lui tendant très volontiers sa bouteille jumelle. T'as oublié de te prendre un plateau ? Tu es tellement tête en l'air. Il ne sait pas si Eliott y croit vraiment ou s'il dit les choses ainsi pour ne pas le heurter. Est-ce qu'il... sait ? Est-ce qu'il a perçu que le harcèlement a repris ces derniers temps et qu'Even n'a pas été assez fort pour s'en libérer ? A la fin des cours il s'est encore fait taxer et sa carte d'interne et son argent ; l'un ou l'autre lui aurait permis d'accéder au buffet, mais sans rien en poche il peut tout juste s'offrir un plateau vide ou se bouffer les doigts, rien de plus. Et à vrai dire la seule chose dont il ait envie, là, c'est de s'éclipser pour nettoyer le désastre qu'est son sac, mais Morgan, Eliott et Yohan ne le laissent jamais filer sur l'heure du déjeuner, question de principe. J'ai pas faim. Son ventre le fait mourir de honte en grondant bruyamment pour faire savoir qu'il ment. Morgan fronce les sourcils en se levant de son siège. Je vais te prendre un truc. T'as oublié ta carte ? Son frère compte les quelques pièces de secours que leur mère leur glisse à chaque fois, fronce les sourcils en s'apercevant qu'il n'a pas assez pour un plat. C'est moi qui paye, c'est moi le meilleur ami, Eliott dramatise pour proposer son aide sans les mettre mal à l'aise, et Morgan rentre dans le jeu en clamant qu'il est le jumeau, accepte qu'ils payent ensemble, râle pour la forme quand Yohan intervient à coup de : C'est moi qui offre le dessert ! en claquant son verre contre la table avec détermination. Et Even voudrait disparaitre, tentant de refuser, paumes levées, tandis qu'ils cotisent pour le nourrir. C'est vraiment pas- Hush. Une colère froide danse soudain sur les traits d'Eliott, réduisant Even au silence. Mo a les bras croisés et regarde la table plutôt que lui. Si quelque chose n'allait pas, tu nous le diras right ? il questionne sombrement, et Even sait qu'au moins Eliott sait qu'il ment, mais il hoche quand même lentement la tête. Yohan tape sur la surface de la table pensivement, avant d'esquisser un sourire et de lui ébouriffer les tifs. T'en fais pas, on s'occupe de tout. Et comme de fait, il se retrouve avec un bol bien garni de riz au curry au fumé délicieux sous le nez, quelques minutes plus tard à peine. Merci, il marmonne en esquissant un sourire pâle mais reconnaissant.

Il a tout juste le temps de caler une portion de nourriture sur sa cuillère que des éclats de rire résonnent derrière lui. Trop concentré sur son plat et son estomac affamé, Even ne voit pas les deux blaireaux qui s'amusent à se lancer un ballon derrière lui et ne perçoit que trop tard la mise en garde de Yohan. Fais g- (!) ...affe. L'un des types a loupé la balle et il se l'est prise à l'arrière du crâne, le choc l'envoyant s'écraser tête la première dans son assiette. Ouuuups ! Déso Steven, tout va bien ? Il se redresse, visage maculé de sauce épaisse et regard rivé sur la masse infâme qu'est devenu le plat que lui ont payé son frère et ses amis, et ses oreilles bourdonnant de honte ne lui épargnent pas d'entendre percer les éclats de rire à ses dépends. Mais le pire dans tout ça — le pire, c'est Wade qui respire le même oxygène que lui, penché par-dessus son épaule avec un rictus impénitent. Non, non ça ne va pas. Les épices lui brûlent les yeux et la peau et les moqueries s'enroulent autour de lui et l'étranglent tel un étau tangible qui lui coupe le souffle et la gêne est si intense qu'il a l'impression de flamber sur place et il a juste si honte d'être lui (que va-t-il devenir si Wade se met en tête de ne plus s'amuser à ses dépends en privé, mais en public et constamment, désormais ? Il ne peut pas vivre ça- il ne peut pas). La sauce dégouline sur son uniforme mais il s'extirpe précipitamment de son siège, fébrile, prêt à chercher un lieu où s'enterrer. Ses mains tremblantes d'effacer son grimage rougeâtre et- Oh... il se fige, attendant l'impact. Wade ramasse un bout de pomme de terre échoué sur son épaule et le lui tend. Tu as perdu ça, il lui lance avec un sourire, comme s'il lui rendait service. Bouche entrouverte et paupières clignant à peine, Even entend les rires redoubler d'intensité et c'est juste... trop. La carte, l'argent, le sac, tous ses putains de cours
et maintenant ça, il veut juste... il veut juste disparaître et qu'on oublie son existence. C'est sans même vraiment s'en rendre compte qu'il attrape son sac pour le porter à sa poitrine, mais le fond lâche à cet instant et alors, c'est une mixture verte mi-liquide mi-pâteuse faite de jus d'épinard et de bouquins détrempés et de tablette foutue qui se déverse sur ses jambes et ses chaussures, dégueulassant le reste de son uniforme et s'écrasant pitoyablement au sol avec ce qu'il avait encore de dignité.

Il n'a même pas le temps de réagir. Un coup s'abat dans le nez de Wade avec une violence qui laisse Even sans voix et tandis que Morgan sert son poing amoché, Eliott écrase un plat en sauce sur la face qui pisse le sang par l'appendice éclaté. En un instant ils se retrouvent à se rouer de coups par terre. Yohan jette précipitamment son pull à Even pour qu'il s'essuie un peu le visage, avant de se jeter dans la mêlée pour arracher ses potes au carnage, balançant au passage un coup de pied vicieux qui pêche Wade aux couilles. C'est très peu après qu'on parvient à tous les séparer, le trio d'un côté, Wade et deux de ses amis venus en renfort de l'autre, et Even mortifié entre les deux camps, tandis que les surveillants s'égosillent furieusement, et que les élèves contemplent et commentent avec délice les clichés immortalisés sur leurs téléphones.

Qu'est-ce que tu fais là ? Eliott le fixe, tête penchée de côté, réellement surpris de le trouver dans le couloir menant au bureau du directeur, et Even cesse de battre des pieds sous sa chaise pour lever les yeux sur lui. J'attends d'être convoqué ? L'aîné fronce les sourcils. Pourquoi ? Il plaisante ? Pour... avoir déclenché la bagarre ? Eliott grince des dents et lorsqu'il se penche brusquement vers lui Even fait un bond en arrière, réflexe défensif stupide pour lequel il se morigène aussitôt. Bien sûr qu'Eli ne va pas le frapper. Il n'est pas Wade. Mais le voir se transformer en brute sans crier gare l'a... sorti de sa zone de confort.

Il est horrible de penser ça. Mo, Eli et Yohan ont fait ça pour lui. Alors qu'il ne le mérite même pas.

Alors sur un coup de tête, se sentant horriblement coupable de l'air choqué qui s'est installé sur le visage du plus vieux par sa faute, Even se jette en avant avec la même vigueur, bras autour de son torse, pour le serrer très fort contre lui. Il n'initie que rarement le contact, mais ne regrette pas de l'avoir fait cette fois, même s'il a à moitié l'impression qu'il va s'évanouir ou se noyer dans le ridicule. Exclamation choquée de sa part lorsqu'il se rend compte qu'il macule la veste d'Eli d'encore plus de curry — mais alors qu'il s'apprête à reculer les bras du Rietveld l'écrasent contre son épaule pour l'empêcher de filer, étouffant ses excuses. Ne t'énerve pas, il prévient. Avec Mo on. On leur a dit pour Wade. Even se tend, ses bras retombant mollement de part et d'autre de son corps, mais Eliott ne le libère pas de son étreinte. Pourquoi ? il demande et son timbre est si lourd de désespoir, le gouffre de son désarroi menaçant de l'engloutir tout entier. Parce que c'est ce qu'il faut faire des bullies, baby. Il faut les dénoncer pour qu'ils cessent, tu comprends ? Mais j- Non. ça ne peut pas continuer Even, on ne peut pas les laisser te blesser autant, ça nous fait mal de te voir comme ça. Il enserre le visage du cadet entre ses paumes et les yeux d'Even s'embuent parce qu'il n'avait pas songé à ça. Il n'a jamais pensé que quelqu'un pouvait souffrir avec lui, pour lui. Et parce qu'Eliott est un patchwork d'ecchymoses naissants, lèvre fendue et œil gonflé, et que ça fait si mal à voir — ça lui comprime la poitrine plus encore que lorsqu'il encaisse lui-même. Morgan et Yohan sont encore dans le bureau, et des éclats de voix frustrées filtrent à travers la porte. Une autre silhouette se distingue à travers la fenêtre quasi opaque. Y'a… Nao à l'intérieur. What ? Qu'est-ce qu'il- pourquoi ?? Le demi-frère d'Eliott le connait à peine. Even a toujours pris soin de rester… invisible. C'est un mec populaire. Attirer son attention n'est pas envisageable. Jamais. Et pourtant— Il était à la cafèt et il ne cautionne pas c'que t'ont fait ces connards. Parce que c'était mal. C'est suffisant pour intervenir. Suffisant pour témoigner.

Il cligne rapidement des paupières à plusieurs reprises pour chasser les larmes malvenues. J-je suis dés- Please don't. C'est pas ta faute ok ? C'est pas ta faute. Et le front pressé contre la clavicule d'Eliott, Even se laisse bercer par ces mots qui ne soignent pas tout, mais qui apaisent un peu la tourmente de son âme, alors même qu'il n'avait pas conscience d'avoir besoin. Il sait pourtant, au fond de lui. Pourquoi ça crise, dans le boulot d'à côté.
L'administration ne fera rien. Peu importe le nombre de témoins qui s'accumule, Wade est juste— il est riche et intouchable et Even n'est personne, il n'est rien.

part 2. Est-ce que tu as déjà songé à... tout arrêter ? Quelque chose dans l'inflexion de la psychologue pour adolescents et dans son regard chaleureux mais soigneusement dépourvu de pitié, juste assez distant pour lui donner le courage de s'ouvrir, lui dit qu'elle parle de... vraiment tout. Le silence s'installe et de ses yeux il retrace les usures que le temps a creusé dans le bois du bureau, son index dessinant dans la condensation de la bouteille d'eau qu'elle lui a offerte. Mais peu importe combien il en ingurgite, sa gorge reste terriblement sèche. La réponse est oui, mais pour une raison ou pour une autre, ces trois lettres sont incroyablement difficiles à associer à voix haute.

A-t-il voulu tout arrêter quand il était jeune et esseulé, isolé, abandonné, pestiféré ? Oui. A-t-il voulu en finir lorsqu'il riait aux côtés de ses amis en tenant discrètement ses côtes douloureuses d'avoir été piétinées dans leur dos ? Voulu disparaître quand ses problèmes ont rejailli sur eux, valu à Eliott d'être menacé aux Arabesques ? Oh que oui, ces pensées sombres et pernicieuses lui ont collé à la peau, s'insinuant sous son épiderme et crépitant autour de ses doigts lorsqu'une lame se trouvait à proximité et lui susurrant des solutions drastiques pour voir s'achever le calvaire. Oh que oui il a plus d'une fois pensé si c'est rapide et sans souffrance- comme s'il s'agirait d'une libération. Comment accueillir la mort autrement qu'à bras ouverts quand chaque journée est plus pesante que la précédente ? Ce n'étaient même pas les coups les pires. C'était la violence psychologique qui lui asphyxiait l'âme. Steven... Even, il interrompt d'une voix étouffée. Juste Even. Il ne— il ne supporte plus. Son prénom. Even. Cette fois où tu as failli tomber du toit de l'école- J'ai glissé, il assure, timbre rauque mais ferme, et son regard trouve fermement celui de la psy. Elle ne s'énerve pas. Ne fuit pas ses yeux. Les capture des siens, au contraire, le faisant prisonnier de l'intensité de son attention, de l'acuité de ses observations, et il a l'impression qu'elle peut cueillir ses pensées à même son esprit sans qu'il n'ait besoin de formuler un mot. Les vérités. Ses mensonges. Vraiment ? Une pause. Et elle sait. Il sait qu'elle sait et que persister est vain, mais ravaler l'envie de nier jusqu'au bout nécessite de lui une énergie surhumaine. J'ai- Elle attend. J'ai voulu- j'ai pensé- Elle ne bronche pas. Il bouge, mal à l'aise. Il y avait- derrière la porte ils- Qui ils, Even ? Il a chaud. Si chaud. Tire sur son col, sans amélioration. ça le consumme. Wade Eldon ? Elle demande. Il a déjà fait une déclaration devant le directeur de l'école et une flopée d'autres adultes, en présence de sa mère, dont les jointures étaient blêmes autour des siennes. ça ne sert à rien de le cacher. Ça ne sert à rien de mentir. Oui, répond-t-il dans un souffle, et comme à chaque fois que le cauchemar devient réel, tangible, avoué à haute voix, il se sent à l'étroit dans son corps. Il voudrait hurler et il y a cette part de lui qui pense qu'il l'a mérité, qu'il aurait être moins faible. Ils étaient- derrière la porte et i-ils m'appelaient et je ne voulais vraiment pas... vraiment pas y aller et il n'y avait pas d'issue, il n'y avait pas d'issue alors j'ai- C'est comme résumer sa vie entière en deux mots saccadés (pas d'issue) et il tire sur le tissu de sa chemise, les doigts glacés, puis sur ses mèches, de détresse. Elle attend toujours. Attend qu'il le dise. Pas pour un comité scolaire cette fois, mais pour lui-même.

J'ai voulu m-me laisser tomber. Ce sont les bons mots. Il n'a pas sauté — il n'y avait pas d'impulsion, pas de force dans ses jambes, il a juste volontairement trébuché sur les genoux et a voulu se laisser basculer de l'autre côté du rebord, pathétique jusqu'au bout ; mais l'un des ami de Wade avait fini par ouvrir la porte juste alors qu'il baissait les bras et l'avait retenu avant qu'il ne s'effondre telle une poupée désarticulée. Il y avait de l'étonnement dans ses yeux et peut-être de l'horreur et peut-être du regret, Even n'en est pas sûr parce qu'aussitôt qu'il a été ramené à l'abri sur le toit, Wade a éclaté de rire et maudit son comparse de l'avoir sauvé. Ça aurait été si drôle, il a dit, ta cervelle de moineau éclatée sur le pavé, avec son rictus mauvais. Et Even aurait sauté cette fois, probablement, mais Silas, celui qui l'avait sauvé et qui avait cessé de sourire, il s'est mis à gueuler des obscénités et à traiter le leader de cinglé, son poing enserrant fermement le t-shirt d'Even simultanément, pour l'empêcher d'aller où que ce soit.

Elle lui fait dire, lui-même cette fois, les autres noms, et peu à peu, comme une barrière qui s'effondre, les mots s'écoulent de ses lèvres. Avec hésitation toujours, il consent à confier son ressenti, toutes ces émotions tues depuis son entrée à l'école, le bonheur entaché puis tout à fait détruit, ces révélations que même Morgan, Eli, Yohan, n'ont jamais su lui arracher. Et ce n'est pas miraculeux — mais il y a du mieux, il le sent.

décembre 4 029 (18 ans ; Silas, Eliott) Ça commence ainsi.

Sois pas si coincé bébé, t'es tellement barbant. Regard désappointé, défi pesant lourdement sur sa nuque en épée de Damoclès— et il a eu peur de le lasser, Even, il a eu si peur de perdre Silas.

Silas qu'il avait laissé le convaincre, Silas pour qui il s'était pratiquement mis à dos tout son entourage, Silas qui d'un mot pouvait le faire se sentir comme le plus extraordinaire ou le plus minable des hommes.

Ça a commencé ainsi et ça a dérapé, derrière la porte close d'une cabine, Even à genoux et ses mains tremblantes bataillant avec la ceinture de son mec, la main de Silas glissant en encouragement entre ses mèches châtain. Il avait tellement peur qu'il le largue. Et sans doute qu'il aurait dû remarquer le téléphone braqué au-dessus d'eux ; mais il n'a rien vu venir. Jusqu'à quitter leur refuge et percevoir les regards braqués sur lui et les rires, jusqu'à parvenir devant son casier et le retrouver tagué d'insultes.

Effet papillon : réputation entachée, bureau directorial, renvoi. C'est temporaire, et les larmes de Daxia le sont aussi peut-être ; mais dans l'instant, alors qu'elle lui hurle qu'il est irresponsable et infoutu d'être fiable, qu'elle lui gueule l'étendue de sa déception, il se sent juste abandonné. L'humiliation le ronge jusqu'à la moelle, la honte lui met le feu à l'âme, Morgan lutte lorsqu'elle lui ordonne de sortir de chez elle mais Even n'en a plus ni la force ni l'envie.

Pilote automatique, quelques affaires empilées pelle-mêle au fond d'un sac à dos, des larmes des cris qu'il n'assimile pas. Il traverse la tempête comme hors de son corps, Even, dans un rêve lucide ou un bain d'eau glacé, jusqu'à se percuter à la réalité au moment où il se raccroche à Eliott tel un naufragé, qu'il a rejoint sans y penser, se referment autour de lui. Tu veux rester quelques jours ? Le temps que ça se tasse… Navré et soucieux, son meilleur ami. Mais déjà le téléphone sonne ce doit être Mo, ou Lia, ou pire : son père. Eli se détourne pour répondre et Even se précipite par la fenêtre sans y penser. Vibrant du besoin de disparaître, puisqu'il n'est qu'un fardeau.

Ses pas le mènent à Silas, son index s'acharne sur la sonnette. Air égaré qui se confronte à un regard écarquillé lorsque la porte s'ouvre. J'ai nulle part où aller, il avoue de but-en-blanc, assourdi par le sang qui lui bat aux temples. Un pas en avant, hésitant. Ses mains sur son torse, à sa nuque, mais lorsqu'il tente de l'embrasser Silas le repousse brutalement. Je suis pas comme ça, qu'il dit. J'étais pas comme ça avant toi, tu m'as— qu'est-ce que tu m'as fait ? Je crois qu'il vaut mieux qu'on ne se revoie plus.

Et ça s'achève, juste comme ça.

4 030 (18 ans ; Yohan, Reyn) part 1. Tu sais ce que je pense ? Je pense… Que ça arrive d'être paumé. De ne pas comprendre la vie et les axes sur lesquels elle bifurque sans crier gare. Je pense que c'est normal de se fracasser parfois. Et qu'aucun de nous n'échappe à ces moments doutes, à cette impression d'avoir tout foiré. Mais je pense aussi que c'est pas grave de ne pas tout saisir à 18 ans. De ne pas savoir quoi faire des décennies qui nous attendent. Parce qu'au fond… il n'est jamais trop tard pour trouver, tu sais ? Même la pollution d'Oriel ne masque pas les étoiles. Ils ont les yeux rivés vers elles, tandis qu'Even rumine ses mots, triturant du bout des doigts les fils fugitifs qui ourlent les déchirures sur les genoux du plus jeune. Alors ? Alors ? Alors ? C'était comment ? Super bien ou génialissimement bien ? Je sais je sais c'était profond et trop touchant. Il s'excite tout seul, incapable de garder bien longtemps son sérieux, essuie une fausse larme, et Even le bouscule d'un coup d'épaule. Moi j'pense que. Tu devrais moins faire ton vieux sage s'tu tiens vraiment à ton statut de bébé du groupe. L'autre le gratifie d'une grimace outrée avant de lui attraper la pain pour la glisser dans ses cheveux, ronronnant comme un chat cajolé. Mais il a pas tort, Yohan. Et Even lâche enfin prise, un peu, sur les questions existentielles qui lui bousillent les nerfs. Peut-être qu'il a raison. Que ce n'est pas si grave de ne pas tout comprendre…

part 2. … Mais c'est terrifiant.

Il a souvent été déboussolé, Even. Mais à ce point, jamais. C'est dingue— un instant, Oriel se déploit sous yeux. Et le temps d'un battement de paupières, le voilà livré à l'inconnu.

C'est comme basculer dans un (rêve ? cauchemar ? il ne sait pas encore). Les étoiles ont disparu. Des nuages colorés planent bas sur une ville tissée de néons et d'hologrammes, ténébreuse criblée de lumières artificielles.

Hey, tout va bien ? on lui demande, et d'un bond il échappe à la prise. Dévisage, en panique, l'inconnu qui tente de le pousser à quitter le passage clouté ; perçoit enfin les coups de klaxons virulents et les bolides qui démarrent, vrombissent dans la nuit noire, impatientes comme des cheveux au lancement d'une courses. Elles partent en trombe sans plus l'attendre, l'autre type l'agrippe à niveau à l'épaule pour le mettre en branle, slalomant entre les voitures furieuses.

Non mais t'as des vœux de mort ou quoi ?? Je- la suite avorte sur sa lippe ; hébété, il regarde frénétiquement autour de lui. J'suis plus à Oriel ? je sais pas comment ? J'étais juste à deux rues de mon appart, what the fuck ? Agitation contagieuse, l'inconnu le dévisage comme s'il venait de lui pousser une nouvelle tête. J'connais pas d'Oriel, il répond lentement, comme à un barge, t'es à Brasilia mon vieux. Vu tes fringues… t'es pas d'ici, alors j'peux juste te dire une chose : si t'as une course à faire, fais la vite et rentre chez toi. Les riches sont pas cléments alors ceux qui sont pas de leur monde, ça n'amène rien de bon de trop trainer ici. Hésitation, hochement de tête en guise de salut, et il s'éloigne. Even n'ose pas le retenir. Lui demander ce qu'est Brasilia. Peut-être qu'il a perdu connaissance et que tout ça— il le fabule. Right ? C'est… sûrement ça. Les anses du sachet de courses se froissent entre ses mains. Achats d'appoint ; Aedhan et Yohan doivent se demander ce qui lui prend tant de temps.

L'autre type lui jette un regard perplexe par-dessus son épaule, se fige. Revient d'un pas stressé, la voix basse et pressante. Dude, ton bras ? Quoi son bras ? Even l'examine, n'y trouve rien d'anormal. Ton compteur il est où ?? Y'a un flic en patrouille plus loin, qui garde l'œil sur eux depuis qu'Even s'est retrouvé en milieu de cette rue sortie de nulle part, et il a l'air de s'intéresser de plus en plus à leur cas. L'inconnu esquisse un sourire crispé, faux, pour l'image. Écoute, tu fais comme tu veux. Mais à ta place je bougerais de là avant que les ennuis se ramènent. Et difficilement il avoue : Je… sais pas où aller. Je sais pas où je suis. Écope d'un froncement de sourcils. Even s'attend à ce qu'il lui dise : t'aborder était une erreur. Prétendons que c'est jamais arrivé. Mais à la place, d'un discret mouvement de tête, il lui suggère de le suivre.

4 033 (facultatif) Revenir est étrange.
Il l'a toujours souhaité, ce moment, Even. Il l'a attendu, a bataillé pour ; avec Reyn, ils ont fouillé Sigan en quête de cette brèche, de cette anomalie qui l'avait propulsé ailleurs, loin de chez lui.
Et pourtant, revenir est étrange.
Comme s'éveiller d'un long rêve, d'une parenthèse. La vie est passée sans l'attendre, ici, et en découvrir les impact est déboussolant — il a changé, mais les autres aussi.

Et puis y'a l'sourire de Mo. Le pli d'inquiétude creusé entre ses sourcils quand ils se séparent, les messages fréquents pour s'assurer que les retrouvailles inattendues à ce stade sont réalité plutôt que mirage. Y'a Thalia qui lui fait jurer de ne plus jamais les abandonner. Y'a Isa à qui Even refuse de parler quoi qu'on lui dise qu'il l'a cherché (pourquoi l'aurait-il cherché ? Isaiah n'a jamais daigné l'aider). Ils s'jettent des coups d'oeil à la volée, ils s'dévisagent comme des étrangers. Y'a sa mère qui instaure régulièrement le contact comme pour se prouver qu'il est bien là, ne disparaîtra pas.
Il ne disparaîtra pas.

Altea ne lui semble plus si grande ni si effrayante à présent, simple grain de poussière dans un trop vaste multivers.

janvier 4 036 (Mo, Nao) You sore from last night ? Shut up. Mo lui adresse un sourire en coin, taquin. Knew it. Get your lazy ass up and skate bro, it will make everything better. Nah, go away. I'm expecting an answering sexto from a cute girl and your ugly face is, like, a boner kill. We look just the same tho. Nah, I look better. L'autre lui shoote la cuisse du bout de sa chaussure en guise de réponse. Even se redresse sur un bras avec un grognement fatigué, jette un coup d'oeil à son tel — toujours rien. Bah, tant pis. La fête de la veille a été wild ; il est 4pm et il n'en est toujours pas remis, se demande encore pourquoi il a accepté d'accompagner Mo au skatepark. Ce qui ne l'empêche pas de relancer sa compagne de la veille pour un deuxième round — ce qu'elle fait avec sa langue...

Au final, sortir était un mauvais plan : il est encore cassé et a passé plus de temps affalé sur le sol glacé en étoile de mer, son appareil photo pesant sur son torse, que sur ses deux pieds depuis son arrivée. Il ne neige clairement pas mais il fait trop froid, ça ne devrait pas être permis putain. Peut-être devrait-il effectivement se secouer un peu pour skater, tant qu'à avoir fait le chemin jusqu'ici ? Ou bosser. Il laisse mollement retomber sa tête en arrière, la bascule de gauche à droite à la fois pour détendre sa nuque et voir à quoi s'occupent les autres. Un bruit de roues approche à toute allure et une ombre le surplombe sans crier gare — son jumeau qui se sert de lui comme d'un obstacle. Even lui sert un doigt d'honneur et un rictus agacé, mais plus pour la forme que par réel outrage, puisqu'ils font tout le temps des idioties du genre. Impossible de faire autrement lorsqu'ils squattent un bowl et que les environs grouillent de skaters.

Il se redresse au prix d'un effort surhumain, roule sur le ventre en prenant soin de ne pas abimer l'appareil, se hisse sur ses genoux pour prendre quelques clichés, dans l'idée d'être un tant soi peu productif quitte à être sorti. Se contenter de rester dans sa zone de confort pour le devoir qu'il est supposé rendre demain est un peu lazy, mais il n'a aucune motivation à se challenger à quelques heures de la deadline.
À déambuler parmi les skaters, il entraine Mo avec lui jusqu'aux bâtiments que squattent les break dancers, salue ceux qu'il a eu l'occasion de rencontrer depuis son retour à Altea. Et de l'autre côté de la lentille se dessine une tignasse mauve qui aurait semblé ridicule sur n'importe qui et qui ne devrait clairement pas lui paraître souple au point de lui donner envie d'y glisser une main, pas alors qu'elle surplombe la face prétentieuse de Nao « Du Con » Ilang. Son index se crispe d'agacement, heurtant accidentellement le bouton et gravant Ilang sur la pellicule, sourcil arqué et bouche rouge et pleine autour de ce qui a l'air d'être une sucette. Veste noire sur un haut au col en v, chaîne d'argent discrète et pantalon classe ; et Even, avec son jean plus moulant qu'une seconde peau déchiré par les chutes au point d'avoir plus de trous que de tissus, son t-shirt never satisfied, always hungry, ses bracelets en cuir et ses baskets noires naturellement usées par la pratique, Even ne peut s'empêcher de se dire qu'Ilang tranche autant avec ce décor et qu'avec lui, aesthetic clash.

Qu'est-ce qu'il fout là ? Even abaisse l'appareil avec une moue dubitative, le dévisage de la tête aux pieds. Il danse ce snob ? La remarque chargée de scepticisme ne s'adresse à personne en particulier, mais les lèvres du concerné se serrent. "il" n'a pas de compte à te rendre, il claque avant de se redresser. Ah, not again, Mo lève les yeux au ciel, soûlé de leurs rixes à répétition. Even croise les bras d'un air outré, l'air de dire j'ai fait quoi ?? (ou peut-être pourquoi t'es pas de mon côté ? T r a î t r e !! Un danseur intervient, lâche avec un clin d'œil : Nao danse plus trop, et c'est bien dommage parce qu'il avait une sacré réput' avant. Ilang hausse vaguement les épaules avant de se fendre d'une mine navrée. Je dois vraiment y aller avant de finir par être en retard au boulot. A cela Even expire d'un air moqueur. Nao Ilang et son emploi du temps de ministre, uh ? Un dimanche aprèm ? Ce type se prend vraiment trop au sérieux. Lorsqu'il dégage enfin, Even garde les yeux rivés sur son appareil pour ne pas avoir à le saluer ou quoi que ce soit (et pour éviter de lorgner son cul, parce qu'autant ce mec est infect, autant ce fessier est à se damner ; il y a des mois de ça, bien avant la rivalité née entre eux, il s'est laissé avoir par cette belle gueule et ce corps prometteur et a cuisiné Eli et son frère de questions au sujet du sportif... il était encore jeune et naïf (c'était il y a un mois ou deux, et Mo avait écrasé ses chances dans l'œuf : Did you see his ass ? Il avait fait remarquer, seulement pour se faire tapoter gentiment l'épaule par son frère, en un réconfort lourd de sarcasme. Mighty fine ass, it is. And you’re never gonna get your hands on it. Rude dude.) Ça d'vient lourd votre truc. reprend Morgan, Even le coupe direct : Il a commencé. L'autre lui tourne autour du haut de son skate en le jugeant du regard. Trop d'tension sexuelle surtout, j'suffoque. Tu déconnes, lui et moi ?? J a m a i s.

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Eliott Rietveld
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keur keur

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Yohan Pearson
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if this is love, why does it break me down ?
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Nao Ilang
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pls
pls
pls
pls
pls
pls
pls
pls
pls
pls
laissez moi dans mes feels j'édite soon

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〚 i wanna be good, just for you 〛
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ce reset de perso ?? tbe
j'espère que bb aura quand même une place dans le coeur d'even. on verra si on peut faire un lien avec ce bae, selon ce que tu prévois de faire I love you
hâte de voir la suite en tous cas, le début est yooo
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oh lord, on a jamais eu le temps de jouer notre lien avec nephtys, peut-être si ton reboot le permet, on pourra bave
mais déjà, j'veux lire la suite, c'est cute cute
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Even Stilinski
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@eliott rietveld @yohan pearson WSH LE SANG aaaa
@nao ilang WSH LE LOVE larmes
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Nao Ilang
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POUSSEZ-VOUS, MA VIE EST ENFIN LÀ plsplspls nao et moi on a legit la même réaction devant even, pfffff .  russe (mes doigts sont ready pour les épousailles, thanks, bye) QUE DIRE!!! beaucoup de choses à vrai dire, bcp de feels, bcp de rires, ta fiche est toujours une pépite même après... jsp, deux ans ? mdr elle est si belle, si bien écrivante (je laisse mon fail tellement je suis l'émotion ok faut pas se moquer) love et ton bebinou (jdis ton psk c'est ton perso mais c'est mon even ok) est toujours aussi attachant je meurs larmes la scène du suicide.......  :grozyeu: je ne la cOMMENTERAI PAS. tellement hâte de te relire (avec ce perso!!!) après un an jpppp craque allez jte valide go t'amuser avec mon bb à moi ma vie mon sang tbe NASTY SOON moustache

Now i can scream that you made it dashboards prédéfinis listings
activité dés recherches rps

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